Manifeste linguistique

Il est évident que le langage est en lui-même une forme d’art. En ce qui concerne la langue française, cette œuvre d’art a été amassée, rassemblée, chérie par de nombreuses générations de petits français et d’écrivains, avant d’être concassée, émiettée, et pulvérisée par Vaugelas, pour arriver à cette représentation symbolique parfaite de la désorganisation, de l’illogisme et de la complexité absconse qui caractérisent si bien le Génie français.

C’est dans le respect de cette tradition pluriséculaire, et dans la volonté de généraliser de saines réformes que dans ce blog nous défendrons et utiliserons les dispositions ortografhique et grammaticales suivantes :

- le mot ortographe ne saurait jamais être écrit correctement, et ceci sans autre but que de plonger dans la dépression les nombreux professeurs de français qui viendraient à nous lire.

- dans le même esprit, un quelconque commentaire – de la part de l’auteur ou de qui que ce soit qui voudrait bien laisser un commentaire – qui corrigerait une faute commise dans ce blog devra impérativement lui-même comprendre une faute d’ortografe plus énorme encore que celle qu’elle visait à corriger, et ceci dans un esprit d’humilité.

- Un certain nombre de mots en position d’adjectif se verront affublés d’un juste féminin, mais non quand ils se retrouveront en position d’adverbe. Ainsi, « une fille super sympa » pourra enfin avoir « une supère paire de nichons » en toute liberté.

- ce blog utilisera l’adjectif « à-la-con » pour qualifier une foultitude de chose. Cet adjectif sera invariable, en contradiction évidente avec la règle édictée au dessus.

- ce blog promouvra l’usage de l’adverbe « dutout », même si vous n’aimez pas ça dutout.

- les mots d’origine étrangère qui peuvent disposer d’une eurtograph plus coole et correspondant mieux à la prononciation française courante, c’est-à-dire massacrée par rapport à la version originale, se verront dotés d’une nouvelle aurtographe. Ainsi, par exemple « Week-end » sera écrit « ouiquène », « leader » deviendra « lideur » s’il s’agit de personnalité, et « lidaire » s’il s’agit d’un sportif qui mène une course, « cocktail » se verra retranscrit « coquetèle. »

- dans le même état d’esprit, toute ville dont le nom, une fois directement retranscrit en français, serait plus amusant que le nom dans la langue d’origine se verra renommée de cette façon. Ainsi, on ira passer ses vacances au Maroc à Maison-Blanche, nous suivrons à la télé les aventures de la police de Saint-Francis, nous irons regarder les filles en bikini sur la plage de Fleuve-de-Janvier, non loin de Saint-Paul, la plus grande université anglaise sera à Gué-des-Bœufs, l’Espagne aura remporté sa première Coupe du monde de Football à Patelin-de-Johann, et le siège des Nations unies sera à La-Nouvelle-York.

- tout « tunnel », c’est à dire développement long, ennuyeux, légèrement inutile, et dont la fin n’est pas facilement déterminable car se révélant dans l’instant totalement inintéressante, devra être conclu, après un silence gêné, par un « voilà… c’est tout », qui sera contracté en « balastou. » La victoire finale arrivera quand l’Académie française aura décidé d’intégrer ce mot à son dictionnaire.

- « parce que » sera transformé en « pasque », pasque ça fait des siècles que tout le monde dit pasque.

- dans le but de répandre les plus belles inventions de la francophonie et de généraliser une terminaison sympa, les « kebabs » seront appelés des « kebaberies », les « stations-service » des « essenceries », et les marchands de bonbons des « sucrerieries » ou des « bonboneries. » Cette construction sera généralisée pour tous les endroits où l’on vend quelque chose.

- ce blog promouvra l’usage du verbe « rendêvoûter » pour « se donner rendez-vous », dans le but d’augmenter fortement la beauté de la langue française en disposant d’un mot avec trois accents circonflexes au subjonctif. Je pourrais vous l’expliquer plus amplement, mais pour cela il faudrait que l’on se rendêvoûtât.

- l’auteur de ce blog se réserve le droit d’inventer des adjectifs à partir du nom de famille de n’importe quel personnage public. Du reste, parler de soi comme cela à la troisième personne, n’est-ce pas particulièrement delonnesque ?

- l’auteur de ce blog se réserve le droit de créer des verbes stupides, farfelus, et ubuesques – ainsi que des verbes tout à fait normaux – à partir de n’importe quoi.

- puisqu’au cours des deux derniers siècles, tous les nouveaux verbes apparus en français à part « alunir » ont été conjugués comme des verbes du premier groupe, je me réserve la possibilité, et tâcherai de le faire autant que faire se peut, de créer de nouveaux verbes en -oindre, -oudre, -oître ou autre. Il va sans dire que ces verbes pourront apparaître au subjonctif, tant présent qu’imparfait. Au cas où cela induirait des difficultés de compréhension, je les nierai avec une mauvaise foi copéenne.

- afin de rationnaliser la langue française, et en repartant de la racine latine de dix-sept, l’on utilisera « septeize » pour « dix-sept », « octeize » pour « dix-huit », et « noneize » pour dix-neuf.

- néanmoins, afin de conserver la diversité de formes absconse et inutilement complexe, les habitants d’une ville commençant par une voyelle seront invités à utiliser la racine latine de dix-huit pour dix-huit et dix-neuf. Ainsi, il sera dit « douvingt » pour « dix-huit » et « onvingt » pour dix-neuf. Cette version, plus élégante, plus proche de la racine latine, plus logique, et plus belle devra être considérée comme absolument ridicule par le reste de la population.

- ces quelques règles de bon sens pourront être complétées à tout instant.

/Arsène Sparfell, Président Autoproclamée de la Commission Autoproclamée de Révision Orthaugraphique (ça fait simplement PACARO, pas la peine de chercher moranesquement un jeu de mot à-la-con.)

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